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Ait Khebbach tribue
Endogamie et alliance préférentielle
JUSTIFICATION ET MANIPULATION GENEALOGIQUE, L’IMPLICATION DU MYTHE D’ORIGINE (TRIBU DES AÏT KHEBBACH, SUD-EST MAROCAIN)
Dans le cadre du "mariage arabe", l’alliance préférentielle [1] en direction des cousins parallèles patrilatéraux, interroge l’universalité de la règle de l’échange, au cœur de l’analyse de Claude Lévi-Strauss (1949). La plupart des auteurs ont noté une contradiction majeure entre l’affirmation préférentielle et la réalité de ces alliances (C. Lévi-Strauss : 1959, J. Cuisenier : 1962, P. Bourdieu : 1960, S. Ferchiou : 1992, P. Bonte : 1994, etc.) et, il semble bien que c’est, par l’examen des représentations de la parenté [2], qu’il convient d’aborder la singularité du système de parenté arabe [3].
Dans cet article qui concerne la tribu des Aït Khebbach, nous analyserons les conséquences socio-culturelles de l’endogamie corrélée à un imaginaire du groupe basé sur la notion de pureté [4]. Une étude chiffrée nous permettra d’aborder les conséquences réelles des pratiques endogamiques prescrites : mariages entre cousins parallèles patrilatéraux, mariages entre individus issus d’une même fraction et endogamie tribale. Et enfin, nous tenterons de résoudre l’apparente contradiction entre discours et pratiques par l’examen du système de représentations symboliques du groupe, tel qu’il apparaît dans le mythe d’origine (récit de fondation, pactes d’alliance et légendaire de la tribu).
                              L’endogamie un imaginaire de la pureté
La tribu des Aït Khebbach appartient à la confédération des Aït Atta, son territoire se situe sur la bordure sud-est de l’aire occupée par le groupement "Aït Atta" [5]. Les Aït Khebbach se répartissent en quatre fractions (ighs, pl. Ighsan) [6] endogènes et une quinzaine de fractions allogènes, agrégées à la tribu au gré des vicissitudes historiques [7]. Chaque nom de fraction est considéré comme l’ancêtre commun du groupement humain qui en découle.
Les règles prescriptives ou préférentielles de l’alliance qui déterminent les conjoints possibles, en illustrant les modes de fonctionnements culturels, permettent une meilleure compréhension des schèmes de pensées d’une formation sociale donnée. Or, quelle est l’incidence réelle des pratiques endogamiques au sein du village de Merzouga ? [8]
D’une manière générale, l’idéal endogamique au sein de la tribu apparaît comme le modèle le plus fréquent. Pour certains, l’endogamie ne serait, en fait, qu’une simple valorisation du mariage intra-groupe dans la lignée patrilinéaire. À propos des stratégies matrimoniales à l’initiative des hommes, Aline Tauzin écrit : "Ces stratégies s’appuient sur une idéologie de l’honneur, idéologie qui exalte la pureté, le non-mélange des sangs et donc justifie à la fois l’endogamie au sein de chacune des strates sociales [...] et le contrôle de la sexualité féminine qui, si elle s’exprimait hors de toute contrainte, menacerait cette pureté en même temps que les fondements de la patrilinéarité." (1987 :103).
Dans la tribu des Aït Khebbach, l’endogamie tribale est une pratique courante fortement prescrite par la coutume et qui concourt à la reproduction de la société villageoise. L’endogamie est jalousement défendue par les anciennes générations. Le mariage entre cousins parallèles patrilatéraux est fortement valorisé dans les discours (toutefois, comme nous le verrons plus loin, il n’est pas réalisé dans les faits). Les règles de l’alliance découlent directement de l’organisation tribale, si bien que le mariage préférentiel est celui d’une endogamie d’ighs, associé à un réel rapport de parenté. Ainsi, le mariage unissant deux membres d’une même fraction [9] est, socialement, le plus valorisé. Comment les intéressés justifient et rationalisent ces pratiques matrimoniales ? Prenons des exemples.
Il y a quelques années l’oncle du narrateur épouse une femme de la même fraction que lui. Le mariage avait été décidé, arrangé et réalisé par les parents des deux époux. L’union a lieu et le couple nouvellement formé vit convenablement, tout semble bien se passer jusqu’au jour où l’homme tombe amoureux d’une jeune fille célibataire d’une autre fraction. L’homme demande alors le divorce "ses yeux regardent une autre femme et, de toutes façons, un homme qui divorce, c’est pour en épouser une autre (sic)". La famille de l’homme vit dans une relative aisance, elle possède suffisamment de terres cultivables ainsi qu’un important troupeau de dromadaires. La nouvelle union est réalisée, mais dès que : "La deuxième femme est arrivée ça a commencé le mal, les bêtes qui tombent malades, les dromadaires qui meurent. Dès son arrivée, la perte a commencé. Et tout ça parce que c’est une autre race (sic) qui est entrée dans la nôtre. Les enfants de mon oncle sont à moitié d’un os et à moitié d’un autre. Ça ne peut pas marcher. Dans la plupart des mariages mélangés comme celui-là ça ne marche pas, ou c’est le troupeau qui s’affaiblit, ou ce sont les enfants qui ne sont pas normaux, ou bien c’est le couple, l’homme et la femme qui tombent malades."
Depuis, l’homme est devenu craintif, il ne peut plus sortir seul la nuit "alors qu’avant c’était un nomade". Pourtant il avait été mis en garde : "Mon oncle a été prévenu par ses parents avant de faire le second mariage et par tout le monde, mais il n’a pas voulu écouter". Aujourd’hui, l’unique solution présentée est que la descendance du couple épouse un partenaire de la fraction du père afin que tout redevienne normal. "Il ne faut surtout pas suivre l’os de la mère."
Dans un autre exemple raconté de mariage exogame, c’est le fiancé qui dès la cérémonie réalisée fut complètement paralysé. Ses parents annulèrent le mariage et l’homme retrouva immédiatement l’usage de son corps.
Ces deux exemples à eux seuls montrent bien comment les individus rationalisent et justifient leurs pratiques matrimoniales en termes d’endogamie. Le refus de se conformer aux normes culturelles est sanctionné par des désagréments divers, voire par une sorte de malédiction qui s’abat sur le couple. La majorité des villageois (jeunes et vieux confondus) pensent que dans les trois-quarts des cas une alliance exogame crée des problèmes. Pour tous, s’écarter de la norme entraîne inévitablement des dysfonctionnements et des conséquences désastreuses dont la crainte explique la reproduction des structures sociales villageoises et le maintien de l’homogénéité du groupe. Il convient cependant de nuancer quelque peu l’affirmation préférentielle d’une endogamie. En effet, la fermeture endogamique et son corollaire exogamique procèdent de l’idéologie locale laquelle sous-tend la combinaison paradigmatique des références agnatiques et utérines évoquées par les expressions : "Ce qui tombe dans la moustache reste dans la barbe" (Aïna idrn sg chirb yagh n-tamart) et "Éloignes-toi de ton sang pour ne pas te salir" (Hrq idamn nich adur qi dayhan).
Quoi qu’il en soit, quels sont les différents facteurs déterminant cette endogamie ?
Tout d’abord, on constate qu’il existe une hiérarchie au sein des mariages préférentiels qui s’articule autour de deux grands choix dépendant de la proximité [10], de parenté d’abord, géographique ensuite. Grossièrement, les deux termes sont assimilables l’un à l’autre dans la mesure où l’énonciation de la proximité généalogique, réelle et/ou symbolique s’associe, presque toujours, aux expressions "dans notre région" ou "dans notre pays". Par conséquent, plus les individus viennent de loin plus ils sont catégorisés comme "inépousables". L’éloignement géographique est déconseillé, les limites étant celles du territoire occupé par la tribu. Le facteur de proximité n’explique pas à lui seul la pratique de l’endogamie. En effet, l’union matrimoniale idéale est celle qui unit deux individus appartenant au même ighs car, établir une ascendance identique avec son partenaire et définir ainsi un passé commun, historique (événements divers) ou antéhistorique (père fondateur de la tribu), est valorisant.
À l’inverse, les mésalliances culturelles sont négativées et les intéressés évoquent fréquemment le déclenchement de l’anathème qui peut en résulter. Ils acceptent la sanction de la mésalliance parce qu’ils en reconnaissent le caractère hors-norme mais n’en fournissent pas la raison profonde, elle est inconsciente. C’est le terme de "pureté" (comprendre l’absence de mélange) qui éclaire ces représentations. La seule évocation de ce mot justifie le bien fondé des pratiques et dispense de toute autre explication. Cette pureté qui, finalement, ne peut être atteinte sans une double ascendance considérée comme "normale", c’est-à-dire d’un père et d’une mère originaires de la même fraction. La pureté de sang est une thématique majeure. L’absence de mélange [11] est essentielle et justifie la nécessité de l’endogamie. Aussi, son examen est-il indispensable à la compréhension des modalités symboliques et des représentations sociales qui lui sont associées. Le mariage endogame révèle une idéologie propre au groupe dont découlent des pratiques sociales inaccessibles à une compréhension directe. Sur place, cette idéologie prend la forme de l’idéologie de la pureté. De nombreux comportements ne peuvent être appréhendés sans cette analyse explicative de l’endogamie.
Les données chiffrées des pratiques concrètes de l’alliance à Merzouga mettent en relief cet idéal de pureté.
Étude chiffrée sur l’endogamie
L’enquête, réalisée en 1998, porte sur 200 mariages. Le recueil statistique a été fait de manière systématique auprès des 400 individus concernés. Sachant que la population totale du village s’élève à environ 1100 habitants et qu’il y a en moyenne 4 à 6 enfants par foyer, l’enquête a donc porté sur la plus grande partie des mariages du village.
Le tableau n° 1 montre la répartition des hommes et des femmes composant les 200 mariages analysés par fraction d’origine. Les mariés se répartissent dans les 19 fractions de la tribu des Aït Khebbach, 7 femmes proviennent d’une tribu étrangère. Le pourcentage des individus hommes et femmes confondus, de chaque fraction est très variable. Les groupes endogènes sont bien représentés puisqu’ils comptent ensemble 39 % du total, bien que l’une d’entre elles, celle de Ilhyane, ne représente que 1 % (cette faible représentativité numérique de la famille souche des Ilhyane trouve une explication probable dans l’énoncé du mythe d’origine). Parmi les fractions allogènes, 8 sont bien représentées, celle des Aït Adiya est même la fraction la mieux représentée de tout l’échantillon avec plus de 22 % des individus mariés.

Tableau 1
Répartition des hommes et des femmes par fraction d’origine (lot de 200 mariages - 400 individus - tous contractés au sein du village de Merzouga). Enquête faite en 1998.
Le mariage entre cousins parallèles
Sur les 200 mariages, on compte 17 mariages entre cousins parallèles patrilinéaires. Autrement dit, l’alliance réalisée avec la cousine parallèle ne représente que 8,5 %, on ne peut donc la considérer comme l’alliance préférentielle. La pratique observée est très en deçà du discours des individus dans lequel le mariage avec la cousine parallèle est fortement prescrit. Bref, bien que valorisé il n’est pas ou n’est plus réalisé.
4 % des mariages sont réalisés avec la cousine croisée et 14,5 % des alliances sont contractées dans la parenté proche.
  Étant donné la présence répétée, dans les discours, d’une valorisation de l’ascendance issue de l’une des fraction endogènes (Aït Amar, Izulaï, Ilhyane et Irjdeln) il a semblé également utile d’étudier l’existence ou l’absence, dans les faits, d’un mariage préférentiel contracté, tout d’abord dans sa propre fraction puis avec l’une des trois autres.
Endogamie de fractions endogènes
Le tableau n° 2 mesure l’endogamie de fraction réalisée au sein des ighsan endogènes :
  Horizontalement on lit le comportement des hommes mariés. La première ligne, par exemple, montre que sur 36 hommes mariés Aït Amar (chiffre que l’on retrouve dans le tableau n° 1), 23 ont épousé une femme appartenant à l’une des fractions originelles ce qui représente une endogamie au sein des quatre fractions endogènes de 63,8 %. Parmi ces 23 mariés Aït Amar, 20 ont épousé une Aït Amar et 3 une Irjdeln. Si l’on regroupe l’ensemble des quatre ighsan on observe que 50 individus hommes sur 79 ont pratiqué l’endogamie d’ighs ce qui représente 63,2 % d’entre eux.
  Verticalement, la lecture est identique, mais concerne cette fois les femmes mariées, par exemple sur la première colonne on note que sur 27 mariées Aït Amar, 20 d’entre elles ont épousé un Aït Amar, 1 un Izulaï et 6 un Irjdeln. Sachant que l’échantillon comportait 42 mariées Aït Amar (cf. tabl. n° 1) cela représente une endogamie féminine au sein des quatres fractions de 64,2 %. Si l’on groupe l’ensemble des quatre ighsan on observe que sur 81 femmes appartenant à ces quatre ighsan (42 Aït Amar, 12 Izulaï, 2 Ilhyane et 25 Irjdeln), 50 ont pratiqué l’endogamie de fraction, soit 61,7 %.

Tableau 2
Endogamie d’ighs au sein des quatre fractions endogènes : répartition parmi les 400 individus formant 200 mariages, des seuls individus hommes et femmes appartenant aux quatre y principaux et ayant réalisé une union entre eux.
Si l’on considère l’endogamie d’ighs souches, on observe que sur les 400 individus mariés, 50 mariages au sein des quatre ighs souches ont été réalisés : 50 hommes sur 79 ont épousé des femmes appartenant également aux quatre ighsan principaux, soit un taux d’endogamie de 63,3 %. 50 femmes sur 81 ont épousé des hommes appartenant également aux quatre fractions souches soit un taux d’endogamie de 61,7 %. Dans le détail, la répartition de ces mariages d’endogamie de fraction souches s’est effectuée de la façon suivante :
  20 mariages ont réuni deux individus Aït Amar. Sur un total de 36 hommes Aït Amar disponibles cela représente 55,5 % et pour 42 femmes disponibles soit 47,6 %.
  4 ont réuni deux individus Izulaï.
  Il n’y a pas eu de mariage réunissant deux Ilhyane, mais le nombre total est trop faible pour être significatif (nous y reviendrons à propos des représentations symboliques).
  12 ont réuni deux individus Irjdeln. Sur 25 femmes Irjdeln disponibles et 32 hommes cela représente respectivement 48 % et 37,5 %.Au total, dans les fractions souches pour lesquelles les échantillons sont les plus significatifs, c’est-à-dire chez les Aït Amar et chez les Irjdeln, les taux d’endogamie sont du même ordre de grandeur, autour de 65 %. Et le taux d’endogamie est comparable pour les deux sexes.
Endogamie des groupes allogènes ou endogamie d’ighsan adoptés
Le terme d’adopté est réservé aux fractions qui ont été agrégées à la tribu des Aït Khebbach, mais qui conservent un statut particulier lié à leur adoption [12]. La tribu des Aït Khebbach est composée par les quatre fractions souches et par quinze fractions adoptées
Horizontalement : on lit pour la première ligne que 95,5 % des hommes appartenant aux Aït Adiya (43 sur 45) pratiquent une endogamie entre ighsan adoptés. Le pourcentage entre parenthèse est celui d’une endogamie stricte d’ighs, ainsi 75,5 % des hommes Aït Adiya (34 sur 45) sont endogames dans leur propre fraction d’appartenance. Le nombre de mariés de l’échantillon est celui du tableau n° 1.
La lecture verticale, donne les mêmes indications mais cette fois pour les femmes.
Endogamie à l’échelle de la tribu
Le tableau n° 4 donne la répartition des 200 mariages selon l’appartenance des époux, ceux-ci étant répartis dans trois groupes, celui des quatre fractions originelles, celui des ighsan adoptés et celui des tribus étrangères à celle des Aït Khebbach. On retrouve une partie des données des tableaux 2 et 3 :
  Sur 79 hommes appartenant à l’une des fractions originelles, 50 ont épousé une femme appartenant au même groupe, ce qui représente 63,2 % d’endogamie d’ighs. 23 ont épousé une femme appartenant à un ighs adopté (29 %) et 6 ont épousé une femme étrangère à la tribu (7,6 %).
Si l’on considère le groupe constitué par toutes les fractions allogènes, 25,6 % des hommes ont épousé une femme des quatre fractions endogènes. Et 29 % des femmes issues d’un groupe allogène ont épousé un homme des quatre fractions originelles.
Il est également intéressant de mesurer le taux d’endogamie global, c’est-à-dire l’endogamie de tous les ighsan confondus, il est de 42,5 % [13]. Ce qui représente une forte endogamie.
Plus globalement, 95 % des mariages répondent à une stricte endogamie au sein de la tribu. Le système de l’alliance est donc, principalement dirigé vers une endogamie tribale qu’il est difficile de distinguer d’un mariage préférentiel dans le cadre de la vicinité (mariage de proximité).

Tableau 4
Répartition des 200 mariages selon l’appartenance des époux.
Évolution des comportements endogamiques selon
[1] Les systèmes de parenté tout en interdisant l’alliance avec certains consanguins prescrivent, simultanément, l’alliance avec d’autres catégories ; c’est le mariage dit "préférentiel".
[2] Soit l’ensemble des perceptions locales de la relation de parenté.
[3] Dans le cadre de cette communication, nous n’aborderons pas les nombreuses interrogations soulevées, depuis les années 50, par ce fameux "mariage arabe". À ce propos, voir le bilan proposé par Pierre Bonte (1994 : 371-378).
[4] Entendu comme l’absence de mélange.
[5] L’ensemble confédéré des Aït Atta se divise en cinq confédérations : 1. les Aït Ounebi qui se divisent en Aït Oumasf (tribu) et Aït Khebbach (tribu). 2. les Aït Iaiza-Aït Lfersi-Aït Khalifa qui se divisent eux-mêmes en Aït Athman, Aït Hamou et Aït Boutmourt, les Aït Khalifat se distinguent en Aït Aïssa. 3. les Aït Isfoul, divisés en Aït Brahim ou Hami, Aït Bafghf et Aït Hami, et les Aït Alouane divisés en Aït Boumseud et Aït Ounsar. 4. les Aït Ouhalim divisés en Aït Hamou, à nouveau subdivisés en Aït Boudaoud, Aït Isou et Aït Aouchène et en Aït Mro, également subdivisés en Aït Bouqnfa, Ilmchane, Aït Aïza ou Brahim et Iknaou. 5. les Aït Oulal divisés en Aït Oulal, Aït Boubkr, Aït Arba et Aït Ouzine et les Aït Ounir divisés en Aït Msqour, Aït Slilou et Aït Oumrjdin.
[6] Littéralement l’os, le noyau de la tribu.
[7] On distingue deux groupes de fractions allogènes selon le type d’agrégation réalisée : "les adoptés ou protégés" (ounna ighsn, littéralement, ceux qui ont sacrifié, égorgé) ; les frères de lait (aït masn n-ogho, il s’agit de fractions unies par un pacte de colactation). À propos des procédés rituels d’intégration voir, M.-L. Gélard, 2002, "Protection par le sang et accord par le lait. Pacte d’alliance et de colactation dans une tribu berbérophone du Sud-est marocain (Aït Khebbach)" (à paraître).
[8] Merzouga se situe à 35 km au sud-est de Rissani (Tafilelt) et à 50 km d’Erfoud, dans une zone désertique aux portes du Sahara. Merzouga est un village crée, il y a un peu plus d’un siècle et habité exclusivement par d’anciens nomades. Tous les habitants appartiennent à la tribu des Aït Khebbach. Le village dépend administrativement de la province d’Er-Rachidia. À l’époque du protectorat, les Français ont eu de grandes difficultés à pacifier la région, c’est en partie pour cette raison qu’ils avaient implanté une caserne, à 25 km au Sud (Taouz), à proximité de l’actuelle frontière algérienne.
[9] On remarquera que dans les discours le terme "ighs" se substitue fréquemment à celui de "taghamt", la tente. Les individus énoncent souvent : "Il appartient à la même tente que moi" sous-entendu à la même fraction. À propos des corrélations entre mode de fonctionnement nomade et règle de parenté voir H. Benkheira (1997).
[10] Il convient de noter que les termes "d’endogamie" et de "proximité" sont quasi synonymique dans la mesure où ils sont tous deux inclusifs. Pierre Bonte (1994) a montré comment la relation généalogique et la proximité consanguine aboutissent à un problème d’identité .

Rubrique : Peuples Méditerranéens le mardi 10 février 2004
Marie-Luce Gélard